ALICE DANS LES LIVRES - Jean-Marie Gourio
Alice,
une petite fille de six ans, lutte sur le lit d'un hôpital : elle est
atteinte d'une maladie grave et si douloureuse qu'elle est sous
morphine.
Chaque jour, depuis des mois, Samuel, son papa, lit à son
enfant des passages du livre de Lewis Carroll, Alice aux Pays des
Merveilles.
Alice aux Pays des Merveilles va, accompagnée du Lapin Blanc, sortir de son livre pour explorer les étagères de la bibliothèque et traverser d'autres livres et, faire ainsi connaissance avec la Vie. Elle veut percevoir et comprendre ce qu'endure sa petite soeur, Alice au Pays des Souffrances. Dès que la "vraie" fillette s'endort, assommée par les injections de morphine, celle du roman s'échappe et part à la rencontre de ce qui fait l'essence de l'humain :
C'est par Le ventre de Paris de Émile Zola, qu'Alice-au-Pays-des-Merveilles commence son voyage : "elle se dit que, sûrement, dans tous ces livres du Grand Voyage d'Alice dans les livres, elle trouvera le bon remède pour sauver sa petite soeur Alice [...] qui est en train de mourir, même si elle ne sait pas ce que cela veut dire "mourir à l'hôpital", même si elle ne sait pas ce que c'est qu'un "hôpital". Dans sa quête de sens, elle va commencer à essayer de comprendre "tuer". "Comme il vous faudra apprendre "mourir", Alice, commençons tout de suite par "tuer", lui dit le Lapin blanc.
Alice-au-Pays-des-Souffrances dort, pendant que sa petite soeur Alice-au-Pays-des-Merveilles cherche dans les livres un moyen de retenir la Vie que s'enfuit.
John Steinbeck, et Des souris et des hommes, vont offrir, entre autre, une maxime qui, désormais accompagnera Alice : "parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi, et toi, t'as moi pour m'occuper de toi". Elle y découvre aussi la faim, la soif.
Le grand troupeau, de Jean Giono, va lui donner l'occasion de découvrir la peur.
Alice-au-Pays-des-Merveilles va ainsi poursuivre sa quête avec Lolita de Vladimir Nabokov, Du côté de chez Swann, de Marcel Proust, Le Quai des Brumes, de Pierre Mac Orlan... Mais parviendra-t-elle à sauver sa jumelle de cœur en éprouvant tous les sentiments, toutes les sensations, toutes les émotions de la vraie vie ?
◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘
Ai-je réussi à vous communiquer combien ce roman est émouvant, pathétique et symbolique ? C'est la deuxième fois que je le lis. Je trouve que l'on a jamais fini d'apprendre ... je me suis sentie comme cette Alice de conte qui, sortie de son livre des Merveilles, découvre ce que vivre veut dire. Vivre et mourir.
NO ET MOI - Delphine de Vigan
QUATRIÈME DE COUVERTURE
Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les
yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les mots, se
livre à des expériences domestiques et dévore les encyclopédies.
Enfant
unique d’une famille en déséquilibre, entre une mère brisée et un père
champion de la bonne humeur feinte, dans l’obscurité d’un appartement
dont les rideaux restent tirés, Lou invente des théories pour
apprivoiser le monde.
A la gare d’Austerlitz, elle rencontre No, une
jeune fille SDF à peine plus âgée qu’elle.
No, son visage fatigué,
ses vêtements sales, son silence.
No, privée d’amour, rebelle,
sauvage.
No dont l’errance et la solitude questionnent le monde.
Des
hommes et des femmes dorment dans la rue, font la queue pour un repas
chaud, marchent pour ne pas mourir de froid. « Les choses sont ce
qu’elles sont ». Voilà ce dont il faudrait se contenter pour expliquer
la violence qui nous entoure. Ce qu’il faudrait admettre. Mais Lou
voudrait que les choses soient autrement. Que la terre change de sens,
que la réalité ressemble aux affiches du métro, que chacun trouve sa
place. Alors elle décide de sauver No, de lui donner un toit, une
famille, se lance dans une expérience de grande envergure menée contre
le destin. Envers et contre tous.
Roman d’apprentissage, No et
moi est un rêve d’adolescence soumis à l’épreuve du réel. Un regard
d’enfant précoce, naïf et lucide, posé sur la misère du monde. Un regard
de petite fille grandie trop vite, sombre et fantaisiste.Un regard sur
ce qui nous porte et ce qui nous manque, à jamais.
No, c'est Nolwenn... La narratrice, c'est Lou Bertignac. Elles appartiennent à deux milieux socio-culturels totalement opposés, elles vivent dans des conditions strictement différentes, elles sont bien loin d'avoir les mêmes centres d'intérêt !
LOU est une enfant précoce : elle a treize ans, elle est en seconde. Elle vit dans une famille en grande souffrance depuis la mort subite de sa petite soeur Thaïs, il y a cinq ans. La maman s'est psychologiquement éteinte, le papa subsiste tant bien que mal et assure du mieux qu'il peut la permanence familiale.
NO vit dans la rue ; ou plutôt elle y survit. Elle a dix-huit ans. Elle est cabossée de partout : en dedans et en dehors.
La rencontre entre les deux filles était hautement improbable. C'est l'injonction du professeur de SVT de Lou qui va les mettre en relation.
" - Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.
Si je pouvais m'enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère,ça m'arrangerait un peu. J'ai horreur des exposés, j'ai horreur de prendre la parole devant la classe [...]
- J'allais m'inscrire.
- Très bien. Quel est votre sujet ?
- Les sans-abri.
- C'est un peu général, pouvez-vous préciser ?"
Et c'est à cause de ce sujet, lancé dans la précipitation, que Lou va rejoindre No... à cause de ? ou grâce à ?
En tout cas, ces deux jeunes filles vont vivre une vraie rencontre, elle vont s'engager mutuellement dans ce rendez-vous non programmé.
Il va falloir qu'elles s'apprivoisent mutuellement, qu'elles s'inventent une intelligence commune qui les aidera, ensemble, à comprendre le monde qui les entoure et à se comprendre réciproquement.
Elles vont se respecter, s'aimer.
Elles se quitteront aussi, déchirées par la réalité, revenues à leurs origines : No dans son errance, et Lou dans une famille qui a retrouvé son unité, grâce au passage de Nolwenn. Revenues à leurs solitudes...
♥♥♥♥♥♥
COUP DE CŒUR POUR CE ROMAN
♥♥♥♥♥♥
Pas de sensiblerie dans la description des conditions de vie des S.D.F. De la sensibilité, de la discrétion, de la délicatesse, de l'humanité. Pas de misérabilisme, non plus.
Mais quelle merveilleuse rencontre nous est présentée là ! Ces deux jeunes filles, tellement différentes, mais tellement proches ! Elles se donnent mutuellement ce qui fait défaut à l'autre ; puis, la vie reprend le pas : elles devront se séparer, après avoir offert autant que possible.
Les adultes jouent un rôle prépondérant dans ce face à face. Les parents de Lou, c'est évident, qui infléchiront momentanément la destinée de No, mais aussi Monsieur Marin, ignorant des drames de la vie de Lou, et Lucas, ce grand jeune de la classe (en retard sur sa scolarité) qui apportera aux deux jeunes filles toute son affection, son attention, voire son amour.
Au travers ces deux destinées si différentes, le lecteur découvre que la solitude est universelle.
QUELQUES NOUVELLES DES VOYAGEURS
vient de partir chez ANNE-SO
est arrivé chez PICKWICK
vient juste d'arriver chez NESTO
LES RÈGLES DU VOYAGE ICI
LES LIVRES VOYAGEURS : la règle du jeu
Un blog entièrement dédié au partage des livres, issus de ma bibliothèque personnelle. Jorge Luis Borge dit : "Les mots sont des symboles qui postulent une mémoire partagée".
Les livres que je vais proposer au voyage seront, pour la plupart, ceux que j'ai aimés. Mais il en sera qui m'ont interrogée, voire rebutée. En tout cas aucun ne m'aura laissé indifférente et c'est pourquoi j'ai envie que nous mettions en commun nos impressions et nos ressentis.
Comment faire ?
- Vous devez entretenir régulièrement un blog de lectures.
- Vous pouvez aussi être parrainé par un blogolecteur (et surtout si vous n'avez pas de blog)
Vous pouvez consulter la liste de mes livres voyageurs sur l'un des deux diaporamas :
- "Ils ont leur carte d'embarquement"
- "Décollage réussi" => JUNK est en vol, depuis ce matin.
Vous pouvez aussi consulter la 4ème de couverture que, pour chaque ouvrage, j'aurai entré dans la base des livres voyageurs.
Dans TOUS LES CAS (que l'ouvrage soit en attente de départ, ou qu'il soit déjà en voyage), vous devez me contacter (par le formulaire "contacter l'auteur") pour me faire part de votre envie d'héberger le livre.
Nous passerons le contrat suivant :
- Vous avez un mois maximum pour lire le livre, à réception (dont vous me préviendrez, bien sûr)
- Vous publiez un commentaire sur ce blog (votre participation vous donnera le droit de publier directement) et, bien sûr, sur votre blog, si le cœur ou la plume vous en dit !
- L'adresse de votre blog perso (le cas échéant) doit apparaître dans votre commentaire, afin que les lecteurs puissent s'y rendre.
- Vous vous engagez à expédier l'ouvrage à la personne dont je vous transmettrai l'adresse (quelle que soit sa géo-localisation)
- Vous laissez un petit message amical au "futur lecteur", voire une marque de sympathie : marque-page, petite carte...
- Vous paraphez l'ouvrage en y indiquant votre localisation/code postal/région/pays (c'est selon), la date de la lecture, et un court avis.
- Vous insérez dans votre blog perso le logo suivant :
MOMO, PETIT PRINCE DES BLEUETS - Yaël Hassan
Pour Momo, l'été s'annonce interminable à la cité des Bleuets. Du
jour où il s'inscrit à la bibliothèque, le cours de ses vacances
change. Momo se met à lire avec passion et fait la connaissance de
monsieur Édouard, un extravagant instituteur à la retraite. Ensemble,
ils ont de grands projets...
♥♥♥♥♥
"Il y a beaucoup de gens dans la salle, mais on ne les sent pas. Ils sont dans les livres. Quelquefois, ils bougent dans les feuillets, comme des hommes qui dorment, et se retournent entre deux rêves. Ah ! qu'il fait bon être parmi les hommes qui lisent ! Pourquoi ne sont-ils pas toujours ainsi ? Vous pouvez aller à l'un et le frôler : il ne sentira rien." Rilke
♥♥♥♥♥
Ce
court roman de Yaël Hassan (je n'ai jamais été déçue par cette auteure)
est une petite merveille !
Momo vit dans une sombre et sinistre cité, qu'aucun bleuet ne vient égayer. "Il y a bien quelques coquelicots qui poussent ça et là le long de la voie ferrée toute proche, mais Momo n'a pas le droit d'aller par là-bas". La famille de Momo est nombreuse, si commune dans nos clichés. Un père qui reste prostré à la maison à la suite d'un accident du travail, une maman qui ne maîtrise pas très bien la langue, une grande soeur qui fait ce qu'elle peut pour tirer son épingle du jeu en travaillant dans un "Hyper", un frangin, qui, bien que nanti d'un CAP, passe ses journées au lit ("Mais Ahmed n'arrivait jamais à se lever le matin. La mère criait et lui, il continuait à dormir. Alors il était toujours en retard et son patron l'a renvoyé. Depuis, il ne se lève plus jamais") et cherche à jouer au "grand frère" autoritaire et intransigeant... Bref, une famille immigrée "traditionnelle"...
Mais Momo, ce petit bonhomme de "bientôt onze ans", a un petit quelque chose en plus : il est bon élève, il aime l'école ! Il l'aime tant qu'il a attiré l'attention de la directrice qui va insister pour qu'il poursuive des études. "Mohamed est un enfant extrêmement doué. Il faut absolument que vous lui laissiez la possibilité de faire ses études. Pas seulement jusqu'à seize ans, madame Beldaraoui, mais bien au-delà, comprenez-vous ? Il en a les capacités". En attendant elle lui offre une liste de livres à lire pendant les vacances pour préparer son entrée en sixième.
Cette liste va être le sésame d'une nouvelle vie pour l'enfant. Cette liste va lui permettre les plus merveilleuses et extraordinaires des rencontres.
Rencontre avec la lecture, avec les personnages qui peuplent les ouvrages et auxquels il va s'identifier : le Petit Prince, Robinson Crusoé... Une rencontre qui va le transporter loin de sa cité, loin de la misère sociale, loin d'une rélité familiale qui ne le fait pas rêver.
Rencontre avec Souad, la bibliothécaire qui lui amène le bonheur en bas de sa tour ; Souad qui va lui offrir "son" premier livre, un qui sera bien à lui !
Rencontre avec monsieur Édouard... fabuleuse rencontre ! Ce vieil homme insolite va complètement modifier la vie de Momo. Et dans tous les sens du terme !
♥♥♥♥♥
Je ne peux que vous souhaiter de lire - quel que soit votre âge - ce remarquable roman ; il est destiné aux 10 ans et +...
Le ton est juste, sans misérabilisme lorsqu'il est question du dénuement des banlieues, sans condescendance pour aborder l'impécuniosité des familles immigrées, sans fausse pudeur lorsqu'il s'agit de traiter de la fin de vie.
Et c'est une ode au bonheur de lire qui se dégage tout au long de ces lignes ; c'est splendide !
Alors, oui, à partir de 10 ans ! mais sans limite d'âge supérieur !
HEUREUX LES SIMPLES D'ESPRIT - Cara Zina
QUATRIÈME DE COUVERTURE :
"Je ne suis plus punk depuis bien longtemps, lassée d'affronter les regards, j'ai admis que les cheveux longs me vont mieux que le pétard vert. Je ne me bats plus contre les fachos, ils sont de plus en plus nombreux, je n'ai pas assez de bras. Je ne fais même plus les manifs, j'ai la flemme (à peine une grève de temps en temps, et, en toute honnêteté, c'est plutôt parce que tout est bon pour ne pas aller bosser). Je ne défends plus les squats, j'ai cédé aux sirènes du confort. Je ne monte plus sur scène pour cracher ma rage, je n'héberge même plus de sans-papiers, si ce n'était pour le sexe, si ça se trouve je ne fréquenterais plus que des Blancs (non, j'exagère). Enfin j'ai abandonné les biographies de taulards au profit de celles de princesses de Park Avenue, c'est la fin d'une époque.". Peut-on devenir mère courage et maîtresse d'école respectable sans s'asseoir pour autant sur ses rêves d'adolescente rebelle? Voici l'histoire mordante d'une punkette qui s'est assagie, mais a encore la tête pleine de colère et d'utopie, d'une jeune femme toujours ramenée à la marge et qui revendique son humour comme carte de séjour. Vif comme un riff de guitare, un livre-miroir pour la génération anarcho-punk
En jetant mon dévolu sur ce roman, je voulais honorer le challenge de Pascale de "MOT A MOT"
Je ne regrette pas ce choix : à la fois profond et empli d'humour (caustique, il faut le reconnaître) ce livre m'a donné l'occasion de me replonger dans une autre de mes vies. Celle où, à l'instar de l'auteure, je quêtais en vain "la" rencontre d'amour, à tous les sens de ce terme, parfois galvaudé.
Bien sûr, mon autre vie ne fut pas peuplée de punks hérissés de crêtes vertes ou violettes (tiens ! j'en ai croisé un hier, sur un trottoir de Nantes ! Il reste des survivants !), et ne galopais pas derrière les Béruriers Noirs, mais je me suis, comme Cara, engagée sans compter pour de grandes causes, qui, si elles n'étaient pas toutes perdues d'avance, risquaient fort de conserver durablement leur statut de "problème de société".
Mais, comme elle, j'ai fait ma crise d'adolescence sur le tard ; d'ailleurs, de mon temps, ma brav'dame, les crises d'adolescence n'étaient pas diagnostiquées, puisque l'adolescence n'avait pas encore de nom ! D'accord, je n'aurais même pas imaginé, vers quinze ans, aller courir la campagne urbaine sans l'assentiment de mes parents ! Un détail qui m'éloigne un peu de Cara...
Pour le reste... il y a des moments où je me suis dit que ce roman était un peu ma biographie... Étrange sentiment ! Le parcours est chaotique, et ce retour vers le passé m'a moultes fois fait frémir, en y repensant ! Mais il m'a aussi fait sourire, voire rire de bon cœur, au souvenir de rencontres qui, comme les roses, ne durèrent qu'un instant. J'en profite au passage pour remercier tous ceux et toutes celles qui, même furtivement, ont croisé mon chemin, au cours de cette autre vie ! Il en est qui m'ont laissé de bonnes et belles réminiscences, d'autres moins... Mais qu'importe ! Ils ont tous contribué à ma construction et comme dirait... "non ! rien de rien ! non ! je ne regrette rien ! "
Vous devez penser que je m'égare et que j'oublie de vous parler de ce roman ! Le mieux c'est que vous alliez passer un moment dans ses pages... attention ! âmes sensibles, pudibonds en tout genre, et coincés du cerveau s'abstenir ! Vous pourriez me bannir à tout jamais de vos blogs préférés !
LA PISSE-DRU - Véronique Boureau di Vetta
QUATRIÈME DE COUVERTURE :
La Pisse-dru est l'histoire violente d'une famille dans un milieu rural abandonné des Dieux. La mère a la fâcheuse manie d'uriner sur elle à chaque contrariété. Les jambes déformées par des ulcères variqueux, elle se fait véhiculer en fauteuil roulant, poussé par un mari souffreteux. Leur fille Marie-Ange, légèrement débile, victime des "guinguettes", orgies organisées par ses frères, subit les pires tourments. "J'ai mal" dira sans cesse l'inconsolée avant de tomber dans l'hystérie. Le comportement monstrueux de chacun conduira à l'irréparable.
**********
Ce roman a été lauréat du PRIX ORANGE DU LIVRE.J'en avais lu quelques critiques élogieuses où il était question de "beaux moments de sensualité", de "sentimentalité sincère", "d'intensité du récit"... C'est donc avec enthousiasme que je me suis embarquée dans la lecture de cette saga familiale.
"Entre les volets fermés, un doux filet pailleté d'or coupait
l'édredon rose, câlinait sa joue. Les cloches de l'église de Letellis
qui chevrotaient au loin investissait sa tête emprisonnée par une
céphalée sournoise." Ce sont les premières lignes. Oui, ça commence
bien ! "Cette tétée méditative, jouissance primaire, était une
habitude bien à elle de se détacher du monde, d'occuper son propre
univers". Des mots qui résonnent, qui raisonnent aussi, dans ma tête
de lectrice ravie.
Je n'en suis qu'à la deuxième page.
Et je me prépare à la poursuite d'une lecture que je pressens
jubilatoire.
"Oh, non, s'est encore pissé d'sus ! Qui va nettoyer, hein ? Hein ?
C'est encore bibi qui va mettre les mains d'dans, c'est ça ! La pisse,
les dégueulis, y en a marre, à la fin !"
Je viens de faire la connaissance de Solange, la mère, que sa
fille Marie-Ange vient de découvrir, endormie dans son fauteuil,
au milieu d'une mare d'urine. On peut comprendre que ce spectacle la
consterne ! D'autant que nous sommes le matin de Pâques et que
Marie-Ange tient à se préparer pour assister à la messe !
Mais où est passé Grégory, le père ? Cette nuit, il a dormi dans ... le poulailler. "Piégé à l'extérieur, il n'avait osé rentrer pour récupérer une couverture ou s'il avait pu, filer à son grenier. Sûr qu'ils l'auraient chopé ! Évidemment, il se les étaient gelées ! Il avait foutu le camp tout de suite, parce que lorsqu'ils font leurs guinguettes, valait lieux qu'il soit pas là, qu'il se fasse oublier. Seule façon d'éviter la rossée". Une rossée au père ??? Loulou et Mathias ? Les fils de Solange et Grégory, les frères de Marie-Ange ? Rosser le père ? Quelle drôle de famille ! Mais j'étais prévenue par le texte de la quatrième de couverture.
Arrivée à la page 68.
Solange est exaspérée par son mari : elle saisit une bûche... et quand
Marie-Ange demande où est le père :
"- Ben c'est pas la peine de t'énerver, elle l'a d'jà tué ! elle a
lancé une bûche et i s'esr pas r'levé ! L'a pas loupé, cette fois-ci !
L'est dans l'chemin, là... Écroulé ! m'a tout l'air d'être mouru.
- Si tu pouvais dire vrai ! Ah ! Tristesse de Chopin, qu'ai-je fait
au Bon Dieu pour mériter ça ? pleurnichait Solange".
Et là, c'est moi qui suis exaspérée par le livre. J'arrête ! C'est trop !
Tout les dialogues sont de cet acabit, les évènements s'enchaînent, de
plus en plus sordides, nauséabonds, répugnants...
Je ne me savais pas si bégueule ! si ... pisse-froid ;)
J'aimerais avoir votre avis...
Je propose cet ouvrage en LIVRE VOYAGEUR
peut-être les unes ou les uns d'entre vous me le feront voir sous un
jour moins obscène. Qui veut essayer de me convaincre ?
JUNK - Melvin Burgess
Quatrième de couverture :
Entre un père violent et une mère alcoolique, la vie de Nico est intolérable. Une seule issue : fuir. Fuir avec Gemma, son amie, qui le suit comme par défi. Mais que faire, à quatorze ans, sans ressources, dans les rues d'une grande ville ? Les deux adolescents rejoignent un squat et, très vite, sont pris dans l'engrenage de la drogue... Le jour où ils acceptent de l'héroïne, ils deviennent, sans en être encore conscients, des junkies. Dans ce roman encensé par la critique internationale, Melvin Burgess dépeint avec un réalisme saisissant, sans complaisance ni moralisme, les facettes d'un drame contemporain. Une lecture bouleversante et essentielle, car "il est préférable que les jeunes n'entendent pas parler de la drogue pour la première fois le jour où quelqu'un essaiera de leur en vendre."
En co-lecture avec SOUKEE...
C'est une histoire de "DESCENTE"... infernale et inexorable.
Descente dans la spirale de la drogue : des enfants perdus qui se réfugient dans un squat après avoir fui leurs familles, rencontrent le hasch dans un premier temps. Ils rencontrent aussi des personnes sympas qui les accueillent, qui les encadrent, qui les cadrent à la manière de parents bienveillants. Mais qui les emmènent vers la drogue... la "douce", celle dont on dit que c'est des plantes, que c'est naturel et qu'il n'y a pas d'accoutumance. Nico et Gemma ont chacun leurs bonnes raisons de se réfugier dans un "ailleurs familial" : pour Nico, c'est la violence et l'alcoolisme du père (pourtant professeur) ; pour Gemma, c'est l'incommunication avec ses parents. Il faut dire qu'elle est jeune, très jeune, et que ses envies de liberté ressemblent davantage à celles d'une grande ado qu'à celles d'une grande petite fille.
Ces enfants vont "grandir" dans un milieu que Nico ressent comme
compréhensif et prévenant : Joe Scholl qui prend pitié de Nico (son
prénom est David, mais Gemma l'a surnommé ainsi à cause de son aversion
pour le tabac), Richard, qui met en place des squatts "dignes" pour les
paumés de la rue, Vonny et Jerry, des anarchistes. "Ils m'aimaient vraiment, ils voulaient m'aider, alors qu'ils étaient loin d'être riches", s'étonne le gamin ! Gemma, elle, reste sur ses gardes : "On avait l'impression qu'ils étaient gentils, parce que ça faisait bien de l'être".
Dans cet environnement borderline, Nico et Gemma vont installer leurs
détresses psychologiques. C'est Gemma qui va franchir le pas ; elle ne
supporte pas le cadre que Vonny à mis en place : il ressemble trop à
celui d'une famille avec ses lois et ses valeurs et c'est justement ce
à quoi elle a voulu échapper en quittant ses parents. Elle change de
look et entraîne Nico, petit à petit, dans un autre "nouveau monde" :
celui de la "punktitude".
Lily et Rob entrent alors dans leurs vies. La DESCENTE en enfer s'accélère. Le hasch devient insatisfaisant pour Gemma... Nico, bien que réticent, la suit dans cette culbute vers la "dure". Ils n'ont que quinze ans...
**********
Melvin Burgess décrit implacablement, froidement, imperturbablement ce
long et terrifiant chemin qui emmène des enfants de la désespérance
morale à la débâcle. Il ne semble pas prendre position et c'est en cela
que ce roman prend toute sa force. Pas de morale, pas de sermon éthique
; des faits, des portraits, des moments de vie, simplement. Mais quelle
description !
C'est un livre que j'offrirais volontiers à tous ces gamins paumés en
quête de l'illusion d'un monde meilleur, mais qui n'ont pas les tripes
pour se prendre en charge !
C'est un livre que j'offrirais volontiers à tous ces parents
moralisateurs, mais tellement absents dans l'accompagnement de leurs
enfants !
Sa lecture ne peut qu'ébranler les bonnes consciences, les bouleverser.
RIEN - Janne Teller
Le jour de la rentrée, Pierre Anthon, élève de 4e, annonce qu'il a
compris que la vie n'a pas de sens, " parce que tout commence pour
finir ", et il quitte l'école pour se percher dans un prunier. Les
jours passent et ses copains de classe, perturbés, décident de lui
prouver combien il a tort en constituant un " mont de signification".
Chacun devra y déposer quelque chose qui en a, justement, de la
signification. Tout y passe : les jolies sandales vertes, le drapeau
danois, le cercueil du petit frère, la virginité de Sophie... Tous font
un sacrifice demandé par les autres. Mais à ce jeu, la surenchère va
bientôt gagner les esprits, jusqu'à l'irréparable...
*************
MON AVIS :
Ce roman ne m'a pas laissée indifférente.
- J'ai aimé
- J'ai eu peur
J'ai aimé... cette écriture fluide, aux phrases courtes.
J'ai aimé... les mots, leur précision.
J'ai aimé... ces vingt-et-un enfants, tous aussi fous les uns que les autres (mais j'y reviendrai), en quête de sens. Tout cela, parce qu'un certain Pierre Anthon, un matin de rentrée scolaire, déclare que "la vie n'a pas de sens", "parce que tout finit par finir" et qu'il quitte l'école pour se percher dans un prunier.
J'ai aimé... le "mont de signification"
- et pourtant ! qu'il est sordide - justement parce ce que son
existence est faite de sens, du sens que ces enfants donnent à la Vie (mais j'y reviendrai aussi).
J'ai aimé... le dés-espoir de Pierre Anthon, les mots qu'il utilise pour le dire, les actes qu'il pose pour le faire valoir (mais j'y reviendrai).
J'ai eu peur...
de cette société d'adolescents que peint Janne Teller, ces adolescents
qu'aucun délire ne retient puisqu'il les conduit à l'irréparable, à
l'indicible ; ces adolescents sans pare-excitant, sans filtre
protecteur ; ces adolescents qui semblent n'être portés que par leus
pulsions mortifères.
J'ai eu peur... de ce que ces adolescents présentent comme le "sens de la vie",
qui commence par un petit rien (juste une pile de Donjons et Dragons
auxquels tient particulièrement Dennis) et qui s'achève par la Vie
elle-même (à laquelle la victime ne semblait plus guère tenir).
J'ai eu peur... de cette escalade frénétique vers le pire, sous le regard absent des adultes, incapables de opposer l'ombre d'une loi.
J'ai eu peur... lorsque l'appât de l'argent transforme l'horreur en "œuvre d'art".
Je
le disais, ce livre m'a inspiré de forts sentiments contradictoires :
il fait partie des plus violents que j'ai jamais lus, mais il m'a
attirée comme un aimant.
Et, en le refermant, je me suis demandé ce que, moi, j'aurai déposé sur le "mont de signification"... je n'ai pas trouvé la réponse !
***********
L'AVIS DE ............
MOTS D'AMOUR SECRETS - Perry Salkow & Frédéric Schmitter
Dans une lettre anodine, Juliette glisse une invite amoureuse à son
Roméo. Sous couvert de pronostics hippiques, une femme transmet des
propos quelque peu cavaliers à un homme marié. Un détective privé
drague discrètement sa cliente dans un rapport de filature... Inspirés
par le célèbre billet de George Sand à Alfred de Musset, les auteurs
imaginent des mots d'amour à double sens. Acrostiches, contrepèteries,
homophonies et autres rébus habitent clandestinement les pages de ce
livre, candides missives dont vous aurez à découvrir les brûlants
secrets !
************
MON AVIS :
LETTRES EN JEU
- Madame : "Consonne" => S
- Monsieur : "Voyelle" => E
- Madame : "Voyelle" => E
- Monsieur : "Consonne" => M
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- Madame : "Voyelle" =>U
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- Madame : "Consonne" =>T
- Monsieur : "Voyelle" => E
- Madame : "Consonne" =>M
- Madame ? Combien de lettres ?
- 13 !
- Et vous, Monsieur ?
- 13 aussi !
**********
L'AVIS DE ........












